COMMUNIQUÉ DU PJM: Une fausse note qui donne le ton

Par PJM


15/11/2004

La commission chargée du renouvellement des organes représentatifs du culte musulman auprès des autorités belges vient de publier sur son site www.ccm-cie.be une "note d'information" , aussi servile que mystifiante, à l'intention de la communauté musulmane de Belgique. "1974-2004, 30 ans de reconnaissance du culte musulman en Belgique" . L'intitulé solennel de cette bafouille, qui en fait craindre de nombreuses autres plus exécrables encore, laisse clairement entrevoir que le culte islamique (et non "musulman", expression qui tente d'écarter l'islam d'un culte qui ne ferait plus référence qu'aux musulmans) ne risque pas d'être mieux "reconnu" demain qu'il ne l'est aujourd'hui, et cela, précisément, après trente ans d'ingérences et de sous-traitance coloniale !

Pour couper court aux élégances charitables (qui foisonnent dans certaines sphères de l'"intelligentsia" musulmane), le PJM rappelle, après d'autres, que le vice-président de la commission, Raymond Decoux, était bien le premier vice-président du Comité Permanent de Contrôle des Services de Renseignements lors de sa création en 1993 ; que l'expert en législation électorale, Jacques Piéron, est tout simplement un membre de la "cellule stratégique" du cabinet du ministre de l'Intérieur Dewael.

Ainsi, pour tenter d'échapper aux critiques d'isolement, de manipulation, de rétention illégitime de l'expression musulmane démocratique et citoyenne, la commission proteste-t-elle d'emblée de sa préoccupation première qui "a immédiatement été de se présenter aux mosquées, aux organisations représentatives et aux citoyens musulmans" (elle n'en cite aucune et aucun ; il est vrai que l'absence de transparence, qui semble inhérente à tout ce qui touche de près ou de loin les musulmans, est une fausse note tout à fait dans le ton général de l'orchestration mise en place).

Ce qui est dans la note, par contre (mais qui n'est pas jouée sur le même ton !), c'est la parfaite conformité de son discours (qui prône "un dialogue constructif permettant de combler le vide juridique dans lequel se trouve ce culte aujourd'hui") avec les déclarations, à la chambre des représentants, cet été, de sa très autocratique inspiratrice, madame Onkelinx. Ainsi réapparaissent, parfois mot pour mot, les hasardeuses révélations de la ministre sur des "négociations" non abouties avec les représentants de l'EMB "en vue de dégager un consensus" quant à son renouvellement intégral sous ses seuls auspices (voir "De la tutelle à la mainmise", sur le site du PJM).

Or, s'il est un "vide juridique" à dénoncer, ne serait-ce pas, plutôt, celui dans lequel s'est engouffrée, tête baissée, la protagoniste de ce chaos institutionnel ? Et depuis quand, et de quel droit, pareil néant aurait-il jamais été comblé par les seules vertus d'un "dialogue", fût-il constructif ?

Par ailleurs, ce n'est pas au PJM qu'on s'en étonnera, toute critique qui ne participerait pas à la pleine "mobilisation de toutes les énergies positives", à l'instauration de ce fameux "dialogue constructif" , est, dès à présent, écartée. En effet, l'énonciation par la note devenue subitement mélodieuse, de son intention de rester "ouverte au dialogue, mais (de fonctionner) en toute indépendance", veut très exactement dire le contraire. Si elle semble vouloir condescendre à divulguer à certains élus certaines de ses décisions, (en tenant compte, on l'aura compris, de l'urgence, du "climat difficile pour la communauté musulmane" (quelle aubaine !), des zones radicales interdites, politiquement délimitées), il est clair, et elle le dit, à sa manière, qu'elle refusera de modifier sa dépendance structurelle des ministères de la Justice et de l'Intérieur…

"La Commission informera la communauté musulmane" , insiste, égrillarde, la note, qui s'apprête à lui jouer à nouveau le coup de 98 ! Or, ce ne sont pas des informations que la communauté exige aujourd'hui ; elle en a accumulé en suffisance, pour ne pas dire trop, et de trop pénible nature, pendant les six années écoulées ! Non ! Ce n'est même pas la participation citoyenne à des décisions qui la concernent pourtant au premier chef, et qui lui est, depuis six ans, depuis trente ans, refusée avec un arrogant mépris. Non ! C'est maître de sa propre administration, de son propre destin, qu'elle exige d'être, sur un pied d'égalité total avec les autres cultes, et dans les mêmes conditions. Que peuvent bien signifier pour elle les infos promises sur des décisions ex ante qui lui échapperont toujours ?

Et comment la commission peut-elle imaginer sérieusement "multiplier les contacts avec les acteurs concernés" (par l'entreprise Onkelinx, s'entend), quand elle annonce dans le même temps, de façon parfaitement antinomique, que "les élections générales auront lieu dans un délai aussi rapproché que possible" ?

La commission craindrait-elle d'attendre les conclusions de la cour d'arbitrage (relatif à la commission) et du conseil d'État (relatif à ses membres) qui ont été conjointement sollicités par l'actuel Exécutif des musulmans de Belgique appuyé, pour la circonstance, par un certain nombre d'associations qui participent heureusement au sursaut citoyen réclamé par le PJM ? (Voir " Pour un sursaut citoyen des musulmans " sur le site du parti). Chercherait-elle ainsi à prendre de court une mobilisation qui ne s'annonce pas exactement dans le sens que les fins stratèges ministériels ont imaginé ? Ou bien alors, ces cabots bien dressés qui planchent depuis un mois déjà sur des dossiers postiches (à 62,20 EUR le jeton de présence), pensent-ils pénétrer en terrain vierge, non occupé par une instance démocratiquement élue, pour y construire, dans une nouvelle et irrésistible exécration, une ultime organisation féale ?

"Un courrier vous sera adressé à cet effet aussitôt qu'une date certaine aura été arrêtée" prévient, pour terminer, dans ce même langage de chancellerie qu'il affectionne tant, la fausse note glapissante des pieds-plats. (Traduire : on vous sonnera en temps voulu pour la convocation décidée par nous dans les plus brefs délais).

Le PJM s'oppose vigoureusement à cette parodie de consultation organisée par une commission illégitimement établie par la ministre de la Justice, laquelle consultation ne sera qu'une ratification de décisions prises par elle précédemment, dans l'urgence, et totalement incompatibles avec la Convention européenne des droits de l'homme et la Constitution du peuple belge, qui condamnent de la façon la plus explicite qui soit la subordination des cultes, les ingérences de l'État, la discrimination entre les citoyens.

Le PJM s'indigne pareillement de la tout aussi arbitraire et injurieuse composition des membres de cette commission. Il réitère sa volonté que la faculté concédée aux électeurs de voter "librement et démocratiquement" (qui va de soi dans un État de droit, mais qu'elle présente comme condition résultant de leur soumission à ses diktats) soit appliquée au choix de ses élus, et à ces élus mêmes, dans des conditions de temps et de reconnaissance mutuelle qui permettront enfin à toutes les parties concernées de travailler "librement et démocratiquement" . 15.11.04
Le PJM
www.mvjm.be

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