Appel aux morts - UNE DÉCLARATION DU PJMPar JEAN-FRANÇOIS BASTIN ABDULLAH ABU ABDULAZIZ & RACHID ZEGZAOUI27 novembre 2004 Sollicité de différents côtés pour souscrire à une campagne contre le financement public du Vlaams Belang, le PJM, n'a pas estimé cette démarche pertinente, et ne la signera donc pas. Certes, comme tous ceux qui sont censés signer cette pétition qui a été rédigée par le Blokwatch (http://blokwatch.skynetblogs.be) sous l'appellation "Vlaams-Burgerinitiatief" ("Initiative citoyenne flamande"), le PJM se sent-il "concerné par l'État de droit démocratique" et voudrait en restaurer (car il ne s'agit plus de les défendre) les prérogatives constitutionnelles. Mais il considère que la voie choisie n'est pas la bonne, qu'elle est même fondamentalement vicieuse. En effet, le touchant appel "à tous les politiciens démocratiques" (il y en a donc tant que cela ?) qui accompagne cette pétition, participe d'une hypocrisie généralisée qu'elle camoufle au lieu de dévoiler. C'est pur aveuglement de la part de cette association antifasciste exclusivement tournée contre le Blok que de se féliciter à leur adresse que jusqu'ici "aucun de (leurs) partis (n'a voulu) partager le pouvoir avec le Vlaams Blok", et d'en tirer la conclusion qu'ils font "toujours suffisamment de différence entre le populisme et le respect de ceux qui sont entre les organismes, le peuple et le gouvernement". Il est tout aussi faux de dire qu'"en dépit du cordon sanitaire, ceux qui ont voté pour le Vlaams Blok étaient de plus en plus nombreux ", quand c'est à cause de ce cordon, précisément, que les votes en sa faveur se sont multipliés. Qui peut contester, aujourd'hui que se lève le voile sur les véritables enjeux d'un combat qui n'a pas encore débuté, soit dit en passant, que cette mesure qui se prétendait prophylactique pour la démocratie, ne l'a été que pour ceux qu'il avait mis en quarantaine et qui voulaient éviter comme la peste, quant à eux, d'être contaminés par elle ? Si, par ailleurs, ce mouvement antiraciste et strictement légaliste considère, ce qui ne peut qu'être vrai, que le Vlaams Belang, c'est encore et toujours le Vlaams Blok, comment imaginer qu'il souscrive à l'absurde alternative du service juridique du parlement flamand (une réaction procédurière qu'il appelait de tous ses vœux, et qui n'est, au reste, que politique) qui offre au VB, soit de garder la dotation dans le cas où le changement annoncé ne concernerait que le nom, soit de la perdre s'il devait en affecter l'idéologie (raciste) ? Or, pour ce qui est de la première occurrence, qui implique que le Vlaams Belang soit et reste un parti raciste condamnable, le Blokwatch ne préconisait-il pas de supprimer la dotation (sans, toutefois, soulever la question de savoir sous quel nom et sous quelle loi ce dragon à deux têtes commutables, non identifiables, et donc prémuni contre tout risque de décollation, pourrait, juridiquement, précisément, être condamné) ? Et que pourrait-il recommander de faire dans la deuxième occurrence (qui ne peut, de toute évidence, être retenue que dans un paroxysmique non-sens du genre : -si, d'aventure, le VB se démocratisait, on lui reprendrait sa dotation !), sinon de la lui rendre, sa dotation, forcément ? Gageons que la mise en demeure des députés flamands, qui tient plus de la pantalonnade que d'une quelconque volonté d'en finir avec les menaces qui pèsent sur l'"État de droit", sera contournée très facilement par des dirigeants qui ne sont pas à cours, loin s'en faut, de concepts dialectiques imparables, tels que "renouveau", "rénovation", "renaissance", "conversion", "métamorphose", "mutation", "correction", "rectification", "modulation", "alternance", pour décrire, et justifier, un changement (réel ou non) dans la continuité. Toutes ces mesures, la pétition antifasciste, l'alternative juridique du parlement flamand, celle qui vient d'être annoncée par des syndicalistes de la FGTB de Liège, qui ont commis la farce estudiantine de constituer une association concurrente du Vlaams Belang 15 jours avant qu'il ne se constitue lui-même, pour "semer un peu d'insécurité juridique sur la route du Blok", ne sont, hélas ! que gesticulations, esbroufes, tout juste bonnes à sortir momentanément de l'insécurité d'un désastre qui ne saurait tarder, une classe politique vermoulue, lâche, intellectuellement et moralement déficiente. Des actions vaines qui ne retarderont nullement l'irrésistible progression du VB, mais accentueront à coup sûr les haines, et resserreront les rangs d'un ennemi chaque jour davantage convaincu du bien-fondé de son entreprise. Si l'on considère que la loi antiracisme existe depuis 1981, qu'en 1999 un projet de loi a été présenté, qui prive de dotation publique les partis politiques "qui, par leurs programmes ou leurs mandataires, portent atteinte aux droits et libertés garanties par la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales", qu'en février 2004, enfin, la Chambre des représentants l'a adopté, que depuis cette date aucune décision d'exécution n'a été prise par le sénat dont les membres sont majoritairement issus de partis qui se prétendent démocratiques (lesquels, on le voit, ont eu tout le temps, d'en exiger l'application), si l'on décèle, comme au PJM, dans ces atermoiements timorés, une volonté politique manifeste d'épargner le VB et le FN, comment ne pas s'interroger sur le sens de cette pétition médiatique qui n'a d'autre raison d'être que d'illusionner les citoyens sur leur capacité à ressusciter, d'entre les morts, la démocratie ? Qu'ils se l'adressent entre eux, cette pétition (qui aurait alors de purs accents d'insurrection, à n'en pas douter), mais pas à des couilles molles, à des incapables, à des irresponsables qui sont objectivement complices du VB ! Ce n'est pas à ces parlementaires qui, manifestement, jouent sur d'autres registres que ceux du droit des gens, de leur défense, de leur équitable représentation, que des quidams, des syndicalistes ou d'autres associations aussi antifascistes qu'elles soient, pourront déclarer menacée une citoyenneté qu'ils refusent de protéger ! Ceci dit, le PJM pose très sérieusement la question de savoir comment et pourquoi le combat contre le racisme, tel qu'il est mené par les mouvements antiracistes et l'ensemble de la classe politique dite démocrate, se limiterait au VB. Les déclarations récentes des Dewael et Coveliers, qui illustrent une longue tradition gouvernementale de comportement apparenté à un néo-colonialisme d'essence assimilationniste et raciste ne les ont pas plus émus que ces parlementaires qu'ils interrogent aujourd'hui. Réagiraient-ils, enfin, le PJM ne signerait et contresignerait cette pétition que si elle dénonçait tous les racismes, quels que soient les partis politiques qui les véhiculent. Comment le PJM accepterait-il de combattre aux côtés de ceux qui se font les juges du VB, mais ne s'en distinguent que par leur hypocrisie, qui prétendent exercer une pression démocratique contre un parti que seule leur incapacité politique à gérer loyalement les affaires publiques a mis sur pied, puis instrumentalisé, dans des perspectives bassement électoralistes ? Qui garrottent, dans le même temps, contrairement à tous les principes démocratiques, l'ensemble des musulmans de ce pays et de ses représentants ? Comment le PJM s'associerait-il à ceux qui agissent contre lui de la même manière que contre le Blok, en établissant autour de lui un cordon sanitaire plus serré encore, qui interdit ostensiblement aux médias francophones de la Communauté française (contrairement à ceux des Flandres et de Hollande) de parler de lui, qui est le seul, faut-il le souligner, à parler librement et significativement de la communauté musulmane ? Leur mensonge, aujourd'hui que la lumière se focalise peu à peu sur les enjeux exacts du VB (qui traîne à sa suite une conscience nationaliste flamande largement développée dans les autres partis), est plus énorme encore. Devenu respectable lors que l'amende est payée, que la Justice a rempli son rôle (les dotations, de toute façon, dépendent uniquement du politique), que ses dirigeants se blanchissent, on ne peut plus lui reprocher d'être raciste. N'ont-t-ils pas annoncé, sur le ton cynique qui les caractérise, qu'il ne traiteront plus, désormais, les immigrés, d'Ali Baba ? "C'était une erreur" (de le dire, uniquement), s'est confessé sans rire le repenti Filip Dewinter, dans un journal de la métropole anversoise… Or, la grande arnaque qui se confectionne sous nos yeux c'est que, précisément, ce n'est plus son racisme qui va embarrasser la courageuse classe politique qui gouvernera bientôt ce pays avec le VB, mais sa volonté d'annexer Bruxelles, et de saper les fondements de l'État. Voilà comment les esprits disponibles de ce pays, astucieusement dirigés, seront, mobilisés pour combattre, non pas un racisme qui se développera d'autant mieux qu'il pourra s'exercer, cette fois, dans des formes légalement inexistantes, mais une sécession qui ne les agresse pas comme tels, qui, de toute façon, relève d'un tout autre débat que celui qu'on va chercher à leur faire continuer, en pure perte, et sans le moindre soutien, même pas celui des associations antiracistes reconverties, pour la plus grande gloire de la démocratie, dans la défense des minorités linguistiques… Allons, faites vos jeux ! Au PJM, on a déjà fixé la mise.
27.11.04
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