L'émigration des juifs français vers Israël a doublé en 2002 proposé par Zoubir
(© LE MONDE Texte d'origine: Lundi 6 janvier 2003).
Jérusalem correspondance
C'est un record jamais atteint depuis trente ans : d'après le ministère israélien de l'intégration, 2 326 juifs français ont émigré en Israël en 2002, au lieu de 1 156 l'année précédente, soit un doublement des effectifs. A l'exception de celle issue d'Argentine (+ 317 %), l'immigration en provenance de France est celle qui enregistre la plus forte hausse en 2002. Il faut remonter à 1972, dernière grande année d'immigration française faisant suite à la guerre de six jours, pour trouver un chiffre comparable. Cette année-là, 2 356 juifs français étaient arrivés en Israël.
A l'époque, les juifs de France avaient décidé d'immigrer pour partager le nouveau destin d'Israël, dont l'existence leur avait semblé en péril en 1967. Aujourd'hui, d'après l'association d'accueil des Français en Israël, l'Unifan, ce choix est avant tout le fruit d'un climat antisémite régnant en France depuis plus d'un an.
Tous ceux qui sont partis en Israël en 2002, adultes ou jeunes étudiants, en rêvaient depuis des années, mais la multiplication des actes et des agressions verbales antisémites ont joué un rôle de catalyseur. La peur et surtout un sentiment de malaise de ne plus se trouver à sa place dans la société française l'ont emporté. "Ces derniers temps, on se sentait honteux d'être juif. Du coup on était repliés sur nous-mêmes. C'était pesant", remarque Monique Tebeka, jeune maman de trois petits garçons, désolée de faire un tel constat sur cette France qu'elle aime tant. Monique et Rémy, arrivés en Israël à la fin août, ne sont pas très religieux mais veulent donner une éducation juive à leurs enfants sans que ceux-ci soient montrés du doigt.
Un soir de l'hiver 2001, Julie, 20 ans, originaire de la région parisienne, s'est fait agresser avec deux de ses copains portant kippa alors qu'ils étaient en chemin pour la synagogue. "Ça a convaincu ma mère de me laisser partir en Israël, explique la jeune fille, qui a déménagé à l'été 2002. Jusqu'à cette année, on était fiers d'être français. On ne l'est plus. Maintenant on est fiers d'être juifs." Julie et ses amis sont amers. Amers de s'être sentis rejeter par ce pays, dont ils étaient citoyens à part entière. Tous ont voté aux élections présidentielle et législatives et ce dès le premier tour.
Conscients des difficultés économiques et sécuritaires d'Israël, les nouveaux immigrants ont pris un risque calculé. Beaucoup ont fait un voyage d'études pour s'assurer de leurs possibilités de travail et choisir leur lieu d'habitation. 13 % d'entre eux ont choisi de s'installer dans une colonie, c'est-à-dire dans les territoires occupés. "La plupart, comme moi, l'ont fait pour des raisons financières et parce que l'intégration est plus facile dans une petite communauté que dans une grande ville. Très peu l'ont fait pour des raisons idéologiques", précise une jeune femme, mère de deux enfants installée à Elie, au sud de Naplouse. Pour le moment, elle paye l'équivalent de 138 euros pour un logement préfabriqué de 80 m2, un prix fort bon marché pour Israël.
Tous les autres, ceux qui ont pu s'offrir une solution urbaine classique mais plus onéreuse, ont plébiscité les petites villes où le danger est moindre. Au hit-parade, trois communes où il n'y a pas eu d'attentats : Ashdod, au sud de Tel- Aviv, Bet Shemesh, proche de Jérusalem, ou bien encore Eilat, à l'extrême sud du pays, au bord de la mer Rouge.
Pour mieux répondre à la demande et augmenter sa capacité d'accueil, l'Agence juive a, dès le deuxième semestre 2002, renforcé ses structures, louant des bureaux supplémentaires, étoffant ses effectifs et délocalisant son activité. Deux postes de direction régionale ont déjà été créés, l'un à Lyon, l'autre à Paris. Un troisième est envisagé à Nice.
Catherine Dupeyron
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