| Bruxelles, le 17 avril 2002
Monsieur,
J'ai bien reçu votre mail concernant la situation au Moyen Orient. Les nombreuses réactions dont on m'a fait part à ce sujet, témoignent de la haute importance que les citoyens attachent au sort des populations ailleurs dans ce monde : le drame humain qui se déroule aujourd'hui, tant pour les citoyens israéliens que palestiniens, nous touche profondément. Ce sont des réactions telles que les vôtres que m'encouragent à poursuivre mon action et à rester fidèle à mes convictions.
Les réactions des citoyens sur la politique belge et européenne vis-à-vis du Moyen Orient divergent fortement et il ne pourrait en être autrement. C'est pourquoi, je souhaite profiter de cette occasion pour expliquer notre politique.
Le principe de base de notre politique est "l'équidistance", c'est-à-dire évaluer la situation de la façon la plus neutre possible et juger les deux parties sur la base des mêmes critères. Etant donné la donne émotionnelle particulièrement importante dans l'appréciation de ce conflit, l'information est souvent prise de façon très sélective. C'est d'ailleurs pourquoi certains estiment que je ne condamnerais pas les attentats suicides contre des citoyens israéliens. Soyons clairs: la Belgique et l'Union européenne ont toujours condamné ces actes avec fermeté, en particulier durant notre Présidence belge. La violence contre des civils innocents ne pourrait en aucun cas être justifiée. Une affirmation que j'ai confirmée récemment lors d'une rencontre avec les Ambassadeurs des pays arabes à Bruxelles, parmi lesquels se trouvait le Représentant palestinien. C'est pourquoi, nous avons insisté auprès des autorités palestiniennes sur leur obligation de terminer la violence.
Il n'empêche que je suis fortement opposé à la stratégie militaire du gouvernement Sharon. Les conséquences pour les citoyens palestiniens en sont dramatiques. En outre, cette approche appelle à la poursuite de la violence. La situation actuelle n'est que la conséquence prévisible de la stratégie poursuivie. C'est une stratégie qui ne pourrait réussir : tant qu'il y aura des personnes prêtes à des kamikazes, la sécurité des citoyens israéliens ne sera pas garantie. La logique militaire du Premier Ministre Sharon pousse de plus en plus de gens à entreprendre des attentats suicides. Plus aucun dirigeant n'est d'ailleurs en mesure de contrôler cette violence.
Je veux être clair : mon premier souci et mon souhait le plus cher est que la paix s'installe au Moyen Orient. Israël doit pouvoir vivre en paix et en sécurité, de même que les Palestiniens dans leur propre Etat. C'est l'objectif de la politique européenne et de la politique américaine. L'ensemble de la communauté internationale est convaincue que seul un dialogue entre le Premier Ministre Sharon et le Président Arafat, dont la légitimité n'est pas mise en question, basé sur les accords d'Oslo, pourra conduire à la paix.
Je voudrais conclure en rappelant les paroles de feu Premier Ministre Rabin : "il ne faut pas faire la paix avec ses amis mais avec ses ennemis". Seul un accord politique entre les dirigeants israéliens et palestiniens, élus démocratiquement, pourra mener à une paix durable. La seule chose que l'on peut faire de l'extérieur, c'est d'exercer le plus de pression possible pour guider les parties vers la voie de la paix. En ce moment, c'est précisément le contraire qui se passe. Je ne veux pas me soustraire à cette responsabilité. Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l'expression de mes sentiments distingués.
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